1916 |
Le Social-Démocrate n°61, 29 février 1916. Conforme au texte du journal. Source : Œuvres, t. XXII, pp. 152-154. |
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La brochure La social-démocratie à la croisée des chemins (Carlsruhe 1915) du franc-opportuniste allemand Wilhelm Kolb, vient de sortir fort à propos, juste après le recueil de Plékhanov : La guerre. Dans la Neue Zeit, le kautskiste Rudolf Hilferding réplique à Kolb d'une façon très faible, en passant l'essentiel sous silence et en se lamentant au sujet de la juste affirmation de Kolb selon laquelle l'unité des social-démocrates allemands ne subsiste plus que d'une façon « purement formelle ».
À qui veut réfléchir sérieusement à la signification de la faillite de la II° Internationale, on peut conseiller de comparer les positions idéologiques de Kolb et de Plékhanov. Tous deux (de même que Kautsky) sont d'accord sur l'essentiel : pour nier et tourner en dérision l'idée des actions révolutionnaires à mener en relation avec la guerre actuelle ; tous deux accusent les social-démocrates révolutionnaires de « défaitisme », employant le terme favori des partisans de Plékhanov. Celui-ci, qui considère l'idée d'une révolution dans la guerre présente comme une « bouffonnerie d'illuminé », fulmine contre la « phraséologie révolutionnaire ». Kolb, à l'occasion, maudit le « verbiage révolutionnaire », le « chimérisme révolutionnaire », les « petits radicaux (Radikalinski) hystériques », le « sectarisme », etc. Kolb et Plékhanov sont d'accord sur l'essentiel, ils sont tous les deux contre la révolution. Et le fait que Kolb est, en principe, contre la révolution, alors que Plékhanov et Kautsky sont « en principe pour », n'est qu'une question de nuances, de termes : en fait, Plékhanov et Kautsky sont les valets de Kolb.
Kolb est plus honnête, non pas au sens individuel, mais au sens politique du mot, c'est-à-dire que la logique de sa position n'engendre pas chez lui d'hypocrisie. Aussi ne craint-il pas de reconnaître la vérité, à savoir que toute l'Internationale, de son point de vue, a péché « par chimérisme révolutionnaire », a proféré des « menaces » (des menaces de révolution, MM. Plékhanov et Kolb !) à propos de la guerre. Kolb a raison d'estimer qu'il est absurde de « nier en principe » la société capitaliste, alors que les partis social-démocrates d'Europe se sont dressés pour la défendre à un moment où l'État capitaliste craquait sur toutes ses coutures et où « son existence était mise en question ». Cette reconnaissance de la situation révolutionnaire objective est une vérité.
« La conséquence (de la tactique des partisans de Liebknecht), écrit Kolb, aurait été une lutte intérieure portée jusqu'à son point d'ébullition au sein de la nation allemande et, par là même, un affaiblissement militaire et politique de cette dernière »... pour le plus grand avantage et pour la victoire « de l'impérialisme de la Triple Entente » !! Voilà la clef des foudres que jettent les opportunistes contre le « défaitisme » !!
C'est là, en effet, le nœud de toute la question. « La lutte intérieure portée jusqu'à son point d'ébullition », c'est la guerre civile. Kolb a raison de dire que la tactique de la gauche mène à cela ; il a raison de dire qu'elle constitue un « affaiblissement militaire » de l'Allemagne, autrement dit qu'elle veut la défaite de l'Allemagne et qu'elle y contribue, qu'elle est défaitiste. Kolb a tort seulement – seulement ! – sur un point, lorsqu'il ne veut pas voir le caractère international de cette tactique de la gauche. Dans tous les pays belligérants, il est possible de « porter la lutte intérieure jusqu'à son point d'ébullition », d'« affaiblir la puissance militaire » de la bourgeoisie impérialiste et de transformer (en vertu de cela, en relation avec cela, au moyen de cela) la guerre impérialiste en guerre civile. C'est là qu'est le nœud de la question. Remercions Kolb pour ses utiles souhaits, aveux et illustrations : lorsque tout cela nous est offert par le plus conséquent, le plus honnête et le plus franc des ennemis de la révolution, nous sommes particulièrement bien armés pour dénoncer devant les ouvriers la vile hypocrisie et la honteuse veulerie des Plékhanov et des Kautsky.