1917 |
Pravda n° 52, 22 (9) mai 1917. Conforme au texte du journal. Source : Œuvres, t. XXIV, pp. 383-385. |
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La Novaïa Jizn du 7 mai publie des interviews de ministres du « nouveau » gouvernement. Le ministre-président Lvov a déclaré : « Le pays doit dire son opinion avec toute l'autorité nécessaire et envoyer son armée au feu. »
Voilà l'essentiel du « programme » du nouveau gouvernement. L'offensive, l'offensive, l'offensive !
Et, défendant ce programme impérialiste auquel acquiescent maintenant les Tchernov et les Tsérételli, le ministre Lvov flétrit avec une indignation véhémente comme immoral « l'armistice de fait qui s'est institué sur le front » !
Que chaque ouvrier russe, que chaque paysan réfléchisse bien à ce programme d'offensive et à ces discours ministériels tonitruants contre I '« armistice de fait ».
Des millions d'hommes ont été tués et mutilés à la guerre. Les calamités que la guerre vaut à l'humanité, et surtout aux masses laborieuses, sont inouïes. Les capitalistes retirent de la guerre des bénéfices scandaleux. Les soldats, harassés et épuisés, sont à bout de forces.
Qu'y a-t-il donc de mal dans l'armistice de fait ? Où est le mal si la tuerie cesse ? Si les soldats obtiennent une trêve, même de courte durée ?
On nous objecte que l'armistice ne s'est établi que sur un front, et qu'il comporte par conséquent la menace d'une paix séparée. Mais cet argument ne tient manifestement pas debout. Si, en effet, ni le gouvernement russe, ni les ouvriers, ni les paysans russes ne veulent de paix séparée avec les capitalistes allemands (on sait que notre Parti, lui aussi, s'est maintes fois élevé contre une paix séparée, et pas seulement dans les articles de la Pravda, mais aussi dans les résolutions de notre récente conférence [1], qui parlait au nom du Parti tout entier), si personne en Russie ne veut d'une paix séparée avec certains capitalistes, d'où, comment, par quel miracle pourrait nous advenir cette paix ?? Qui pourrait nous l'imposer ??
L'objection est d'une inconsistance évidente. C'est manifestement une invention gratuite, une tentative de jeter de la poudre aux yeux.
Continuons. Pourquoi l'armistice de fait sur un front nous « menacerait-il » d'une paix séparée sur ce front et ne menacerait-il pas de s'étendre, lui-même, à tous les fronts ?
L'armistice de fait est un état instable, un état de transition. C'est indéniable. Transition vers quoi ? Il ne peut pas conduire à une paix séparée, puisqu'il n'existe pas à cet effet de consentement mutuel des deux gouvernements ou des deux peuples. Mais pourquoi cet armistice ne pourrait-il pas être la transition à un armistice de fait sur tous les fronts ? Car le consentement de tous les peuples est assurément acquis sur ce point, contre tous les gouvernements on contre la majorité des gouvernements, n'est-ce pas ?
La fraternisation sur un front peut et doit être une étape vers la fraternisation sur tous les fronts. L'armistice de fait sur un front peut et doit être une étape vers l'armistice de fait sur tous les fronts.
Les peuples se reposeraient de la tuerie. Les ouvriers révolutionnaires de tous les pays relèveraient encore plus la tête, leur influence s'accroîtrait, la foi en la possibilité, en la nécessité d'une révolution ouvrière dans les pays capitalistes avancés s'affermirait.
Qu'y a-t-il de mal dans une telle transition ? Pourquoi n'y contribuerions-nous pas dans la mesure de nos forces ?
On objectera que l'armistice de fait sur tous les fronts ferait en ce moment le jeu des capitalistes allemands, qui ont actuellement accumulé par le pillage le plus gros butin. C'est inexact, car les capitalistes anglais en ont entassé plus encore (les colonies allemandes d'Afrique, les allemandes du Pacifique, la Mésopotamie, une partie de la Syrie, etc.) et, au contraire des capitalistes allemands, n'ont absolument rien perdu. Et d'une ! En second lieu, si les capitalistes allemands se montraient plus intraitables que les Anglais, la révolution ne s'en développerait que davantage en Allemagne. La révolution mûrit visiblement dans ce pays. L'offensive des armées russes nuirait à cette maturation. L'« armistice de fait » l'accélère.
En troisième lieu, la situation de l'Allemagne est, du point de vue de la famine, de la faillite, de la ruine grandissante, tout à fait désespérée et sans issue, pire que celle de n'importe quel autre pays, surtout depuis l'entrée en guerre de l'Amérique. L'« armistice de fait » ne supprimera pas cette cause essentielle de faiblesse de l'Allemagne; au contraire, il tendra plutôt à améliorer la situation des autres pays (qui auront la possibilité de se ravitailler librement), tout en aggravant celle des capitalistes allemands (qui ne peuvent se ravitailler nulle part et auront plus de difficultés à cacher la vérité au peuple).
Le peuple russe est en présence de deux programmes. Il y a le programme des capitalistes, repris par les Tchernov et les Tsérételli. C'est le programme de l'offensive, de la prolongation de la guerre impérialiste, de la continuation de la tuerie.
Et il y a celui des ouvriers révolutionnaires du monde entier, défendu en Russie par notre Parti. Ce programme, le voici : développer la fraternisation (sans permettre aux Allemands de tromper les Russes); échanger les appels de fraternisation; étendre la fraternisation et l'armistice de fait à tous les fronts; contribuer de toutes les façons à cette extension; hâter ainsi la montée de la révolution ouvrière dans tous les pays; aider à procurer aux soldats de tous les pays belligérants une trêve au moins temporaire; hâter en Russie le passage du pouvoir 'aux mains des Soviets des députés ouvriers, soldats et paysans; hâter la conclusion d'une paix vraiment équitable, d'une paix générale, dans l'intérêt des travailleurs et non dans celui des capitalistes.
Notre gouvernement, avec les Tchernov et les Tsérételli, avec les populistes et les menchéviks, est pour le premier programme.
La majorité du peuple russe et de tous les peuples de Russie (et pas seulement de Russie), c'est-à-dire la majorité des ouvriers et des paysans pauvres, est sans nul doute pour le second programme.
Chaque jour nous rapprochera de sa victoire.
Notes de l'éditeur
| 1 | Voir la résolution sur la guerre adoptée lors de la VII° conférence de Russie du P.O.S.D.(b) R. (N.R.) |